
Je suis un élève du céramiste anglais Michael Cardew, artiste et artisan emblématique du mouvement « Craft » Britannique. Dans la biographie que lui a consacré Garth Clark , galeriste New-Yorkais , figure un texte de Cardew Intitulé : « The Fatal Impact » . Ce texte m’est apparut comme un signe et si certains trouvent que mon travail s’éloigne de l’empreinte de mon Maître, je me rends compte combien son esprit et son influence ont nourrit et nourrissent encore mon travail et ma démarche. Cardew parle de la brutalité de l’homme occidental, il parle de l’Art comme expression de la Culture, du sens du sacré dans l’Art primitif, de la place de l’artiste dans la société moderne. Cardew dit que l’artiste construit son travail à partir des mêmes sources que l’aborigène ou l’enfant. Que l’artiste refuse de laisser mourir en lui ses facultés primitives et prélogiques pour les développer et faire partager ses convictions intérieures de façon intelligible aux autres. Cardew dit que l’œuvre d’Art est le sanctuaire de l’âme. Il parle de l’universalité de la nature humaine faite d’éthique et d’esthétique du pouvoir qu’il nous apporte afin de grandir et de changer, pour nourrir le futur.
Je travaille la terre depuis plus de trente ans, mon expression exclusive avec le matériau est née dans la pratique de la poterie. La volonté d’aller toujours plus loin m’a fait comprendre que de cette pratique quotidienne est née une expression, et une démarche d’artiste. Mes œuvres expriment le souffle et le vide intérieur qu’elles contiennent stimule mon intérêt . La recherche comporte une part de risque, il est essentiel de se mettre en danger lorsque l’on crée. Le travail dans l’atelier est solitaire, dans ce lieu clos il se nourrit des rencontres et de la vie qui est à l’extérieur. Lors de la cuisson, le feu révèle l’énergie qui se trouve dans l’œuvre,sous l’effet de la chaleur on frôle la destruction et le retour au néant.
Depuis dix ans je travaille régulièrement avec des groupes d’enfants et d’adolescents sur des projets qui enrichissent ma démarche artistique et qui je l’espère également, les enfants.En 1995 J’ai été l’initiateur du « Sanctuaire de nos ancêtres est la maison de nos enfants » lieu de résidence d’artistes au Nigeria (Afrique de l’ouest) pour la pratique artistique des enfants du pays. A cette occasion j’ai réalisé des constructions de terre crue. En 1997, le Sanctuaire Ephémère est érigé dans le Musée d’Epinal qui prolonge l’expérience dans un espace « consacré »
Je continue la pratique des constructions de terre en y mettant le feu pour réaliser des œuvres monumentales cuites in-situ. Plusieurs réalisations expérimentales vont se suivre, à Saint-Dié à l’espace des Art Plastiques, à Hüffingen en Allemagne et à « La Source en Normandie lieu de pratique artistique sur l’initiative du peintre Gérard Garouste.
« Le ventre de la terre » est réalisé à Sainte-Marie aux Mines en Alsace en 2006, suite à un concours du Parc Naturel Régional. La sculpture en forme de grotte combine une terre fusible en parois intérieures et une terre réfractaire en couche extérieure. Le processus évoque la transformation de la matière dans les profondeurs de la terre rejoignant ainsi la géologie, l’histoire et les mythes qui nourrissent l’esprit des hommes.
« Gémeaux,les Termitières » est une œuvre également crée en 2006 . Située dans les Gorges de la Siagne à Callian , d’une hauteur de cinq mètres et surmontée de chapeaux de cristal , la sculpture se place dans la verticalité et guide le regard de la terre vers le ciel. Les pieds sur terre, la tête tournée vers le ciel voici l’Homme, il est face au mystère de la création et cherche le sens de la Vie.
Thiébaut CHAGUE
